Des femmes, Francs-tireurs et partisans (FTP) de la Main-d’oeuvre immigrée (MOI) en région parisienne
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Mis à jour le lundi 11 mai 2026 , par
Après des mois de filature, les inspecteurs de la Brigade spéciale n°2 de la police française lancèrent à la mi-novembre 1943 un vaste coup de filet sur l’organisation des Francs-tireurs et partisans (FTP) de la Main-d’oeuvre immigrée (MOI) en région parisienne. En quelques jours, 68 personnes étaient arrêtées dont 22 femmes.
Au cours d’interrogatoires où la torture était la règle, les policiers ont eu, certes, la confirmation de ce que les filatures leur avaient appris, à savoir qu’une d’entre elles, Olga Bancic, avait transporté des armes au cours d’opérations, les remettant aux hommes à proximité des lieux des actions, les récupérant aussitôt celles-ci réalisées. Ils ont su que d’autres femmes avaient joué le même rôle mais sans parvenir à les identifier.
Le rôle déterminant des femmes, notamment dans le renseignement
Ils ont également deviné leur contribution aux activités de renseignement sans véritablement saisir qu’elle fut essentielle. Le repérage des objectifs, les filatures, l’observation des lieux en vue d’une action fut le plus souvent l’affaire des femmes. L’opération la plus retentissante, l’exécution du colonel SS Julius Ritter, dut sa réussite au patient travail de filature menée en amont par elles, pendant près de 3 mois. La quête de renseignements conduisit certaines à s’approcher au plus près de l’ennemi : Gisèle Galambos se fit recruter par un bureau d’embauche pour l’Allemagne ; Hermina Slomovits partit à Berlin en 1942 avant de revenir en France l’année suivante.
Les archives de la police sont quasiment muettes sur cette activité de renseignement. Comment l’expliquer ? En fait, la plupart des membres de la petite équipe qui en était chargée n’ont pas été repérées, à commencer par celle qui dirigeait l’équipe, Cristina Boico. Quant aux résistantes arrêtées, malgré la brutalité des interrogatoires, les policiers ne tirèrent d’elles pratiquement rien de probant.
Face aux policiers, le silence
Ida Kiro ne manque pas d’aplomb face aux inspecteurs des Brigades spéciales. Alors que ceux-ci affirment l’avoir vue, au cours de leurs filatures, avec Missak Manouchian et Marcel Rajman, elle dit ne pas les connaître. Repérée à plusieurs reprises avec Joseph Boczor, elle dit qu’il est son amant depuis peu et qu’elle ne connaît que son prénom : « j’ignorais qu’il était un militant terroriste. » Les documents sur l’activité des FTP, les faux-papiers découverts chez elle lui ont été remis, affirme-t-elle, « par un individu prénommé Gilbert, que je voyais pour la première fois et que j’ai rencontré par hasard. Je savais que la détention de tracts était interdite ; j’ai accepté sans réfléchir. » Les policiers peuvent bien la traiter de menteuse, ils ne tireront rien d’elle.
Si Olga Bancic reconnaît faire partie d’une organisation communiste, elle dit avoir été recrutée en juillet 1943 par une personne dont elle n’a jamais connu le nom. Et d’ajouter : « Je me refuse de vous donner le pseudonyme de l’homme qui m’a recrutée, du reste je ne m’en souviens plus. » Arrêtée en même temps que Marcel Rajman, elle affirme qu’elle voyait cet individu pour la première fois. « J’ignore ce que me voulait cet homme. » Elle ne sait pas non plus les noms des résistants que les policiers ont vus avec elle au cours de leurs filatures.
Aux inspecteurs qui l’interrogent, Chana Rajman, la mère de Marcel et de Simon, son frère cadet, tous deux FTP-MOI, dit ne rien savoir des actions de ses enfants et déclare : « Ne sachant ni lire, ni écrire, je ne pouvais connaître la teneur des documents et des tracts que vous avez saisis chez moi ».
Eugénie Rosoff répond également aux policiers qui la questionnent : « Je ne me souviens plus de la signification des inscriptions portées sur les débris de papier que vous avez découvert chez moi. »
Une présence occultée
Selon le décret nazi Nacht und Nebel de décembre 1941, les résistantes étaient destinées à disparaître à jamais dans la nuit et le brouillard.
Livrées aux autorités allemandes, les femmes du groupe Manouchian furent rapidement déportées vers des camps de concentration ou des centres de mise à mort en Europe centrale. Une seule, Olga Bancic, comparut dans le procès des 23 en février 1944, mais elle était absente de la campagne de propagande qui suivit. Les femmes n’apparaissent ni sur l’Affiche rouge ni dans le livret L’armée du crime qui furent distribuées dans toute la France.
De l’engagement des femmes dans la Résistance, André Malraux a dit : « Faire de la Résistance féminine un vaste service d’aide, depuis l’agente de liaison jusqu’à l’infirmière, c’est se tromper d’une guerre. Les résistantes furent les joueuses d’un terrible jeu. Combattantes, non parce qu’elles maniaient des armes - elles l’ont fait parfois ; mais parce qu’elles étaient des volontaires d’une atroce agonie.
Ce n’est pas le bruit qui fait la guerre, c’est la mort ».
Des 22 femmes arrêtées en novembre 1943, seules quelques-unes survécurent à la déportation.
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Grégoire Georges-Picot, historien, membre de l’association du Groupe Marat, fondée par d’anciens résistants de la MOI en Provence
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